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vendredi 05 juin 2009      

 

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Les forestiers du désert

Faire pousser des arbres dans le désert, dans des endroits où le vent et le sable règnent en maître, où il ne pleut pas pendant quelquefois plusieurs années de suite, c'est à première vue une entreprise sans espoir... Et pourtant c'est possible, comme ont pu le démontrer quelques pionniers courageux.

 

Les "badlands" du Rif marocain
Helena et Alex Jensen - lui est danois, elle est originaire de Finlande - ont passé plus de vingt ans dans des pays arides, pour encadrer des programmes d'aménagement et de reboisement. Aujourd'hui, ils sont en retraite, mais Axel est une fois de plus retourné sur le terrain... Alors c'est Helena qui nous reçoit, dans la jolie maison qu'ils ont acheté dans le Sud-Ouest de la France, (il y pleut beaucoup, c'est quelquefois bien gênant...)et qui nous fait part de quelques unes de leurs expériences.
" Tout a commencé en 1963. Le Mellemfolkilgt Samvirke1 envoyait à cette époque les premiers volontaires en Afrique, et nos aspirations personnelles nous poussaient vers ce travail où nos compétences pouvaient se mettre au service de la terre . Comme nous parlions français, nous avons été envoyés au Maroc, sur un programme F.A.O de développement rural où on avait besoin de personnes ayant notre formation.
C'est comme ça que nous nous sommes retrouvés dans le Rif, dans une région montagneuse où les "badlands", des terres où ne poussait quasiment plus rien, étaient très nombreuses. Autrefois, il y avait eu de la vigne , mais avec l'ouverture des marchés vers l'Europe on avait défriché abusivement, dans des zones fragiles. Puis le phylloxéra était venu, qui avait ravagé le vignoble, et le surpâturage, la fragilité des sols, l'érosion avaient fait le reste. Toute la montagne était pelée, les pentes les plus raides étaient souvent érodées jusqu'à la roche.
Axel était responsable de l'exécution sur le terrain du programme de plantation. Dans certains sols schisteux, très dégradés, il fallait faire les trous (1m3), évacuer la caillasse, et remplir avec la terre que l'on grattait en surface. C'était un travail dur, une personne pouvait en moyenne préparer deux trous de plantation dans la journée.
La région était à forte tradition arboricole, et on a beaucoup planté d'arbres fruitiers, des oliviers, des amandiers, des figuiers sur les terrains appartenant aux paysans. Par contre, sur les terres domaniales, on a utilisé essentiellement le pin des Canaries (Pinus Contorta).

 

Aménager les pentes
Dans cette partie du Maroc, il tombe entre 600 et 800 mm d'eau par an, ce qui est beaucoup. Mais les pluies sont concentrées sur une très courte période, et ensuite il n'y a plus rien. Sur les pentes, on aménageait des murettes en demi lune à la base des arbres, pour retenir l'eau de ruissellement. C'est la technique des impluviums, qui était déjà connue par les romains.
Pour ma part, j'étais chargée de la reconstitution des pâturages. On a essayé le semis, mais ça ne marchait pas. Alors on a utilisé des boutures d'herbe, provenant de pépinières spécialisées dans le production de fourrage. Le terrain était piqueté en lignes, le long des courbes de niveau, et sur chaque ligne on façonnait une levée de terre, une petite digue. Ensuite on plantait les boutures sur les diguettes. Cette fois ça à mieux marché. L'herbe réussissait à s'implanter, et une fois implantée, elle pouvait s'étendre et coloniser le terrain alentour.

 

Chantiers de femmes
A cette époque, continue Helena, on manquait de main d'oeuvre à cause de l'exode vers l'Europe. Ce qui m'a aidé à obtenir des autorités locales l'autorisation d'organiser quelques chantiers de femmes. C'était important car les femmes sont traditionnellement chargées de la récolte de l'herbe, et c'est elles qui doivent savoir comment la ramasser, en la coupant, et non en l'arrachant comme elles en avaient l'habitude.
Plus tard, quand nous somme allés au Sénégal, j'ai pu de nouveau avec beaucoup de plaisir organiser des chantiers de femmes. Là bas il y avait 18 pépinières villageoises, avec chacune une production de 10.000 plants par an. Deux de ces pépinières étaient tenues par des femmes, et j'ai été heureuse de les accompagner. Quand j'arrivais pour ma visite hebdomadaire, je trouvais souvent toute une tripotée d'enfant en train de jouer, une joyeuse ambiance dans laquelle je me sentais bien. D'ailleurs ajoute Helena avec fierté, une de ces deux pépinières fonctionne encore aujourd'hui.

Le désert, le sable et le vent
Le travail qui est peut-être est le plus spectaculaire est celui que nous avons accompli en Mauritanie, sur un projet financé par le Danemark, et piloté par la F.A.O. Dans ce pays il tombe entre zéro et quatre cents millimètres d'eau par an. A Nouakchott, la capitale il y eu deux années consécutives sans une goutte de pluie ! Le sable est partout, il envahit les routes, les maisons, les oasis, les cultures. Il faut à tout prix arrêter ce sable, et la plantation de zones boisées est un des moyens les plus efficaces pour fixer les dunes.
Là encore, le travail a commencé par l'implantation de pépinières villageoises capables de fournir les plants adaptés. Les espèces pouvant se développer dans ces conditions extrêmes étaient peu nombreuses, on a essentiellement utilisé une légumineuse originaire de l'Arizona, que les Mauritaniens appellent "Groun Lemhade" (Prosopis juliflora). Cette plante avait été autrefois plantée autour des camps français, il était donc possible de récolter les graines directement sur place pour faire les semis.

Les pépinières du désert
Nos expériences précédentes nous avaient appris qu'on devait travailler un peu à l'inverse des techniques classiques. Il fallait avoir des grands plants vigoureux, avec une longue tige, pour pouvoir les planter non pas avec le collet au ras du sol, mais à 50 cm de profondeur pour que la plante puisse profiter de l'humidité qui se trouve normalement dans le sable à ce niveau. Il fallait aussi rationaliser au maximum l'utilisation de l'eau en pépinière, dans un pays où elle est si précieuse. Une planche de 1000 jeunes plants, c'est 10 arrosoirs de 10 litres d'eau par jour, en plus des besoins usuels.
J'ai écrit un manuel illustré, décrivant point par point toutes les opérations, de la récolte des gousses à la plantation et à l'entretien des arbres, à destination des techniciens sur le terrain, et des professeurs des écoles s'en servaient pour organiser des pépinières scolaires. Ce manuel, écrit en langue française et en Arabe, a été publié et diffusé par le Ministère du Développement Rural de Mauritanie, pour lequel nous travaillions, et a permis d'aider à faire connaître les méthodes de culture. Vu les conditions climatiques extrêmes, il fallait être très méticuleux et rigoureux à chacune des étapes. Par exemple une opération fastidieuse, et trop souvent négligée, consistait à déplacer tous les conteneurs chaque trois semaine. En même temps on coupait les racines qui avaient tendance à s'ancrer dans le sol en dessous, pour les obliger à se développer à l'intérieur du sachet-conteneur.

Planter dans la dune
Il fallait attendre pour planter le début de la saison des pluies, afin que le sable soit bien mouillé. Le terrain ayant été au préalable marqué avec des petits piquets, on creusait des trous profonds, de 60 cm environ, en ayant bien soin de mettre le sable sec et le sable humide dans deux tas séparés. Le plant était mis en place au fond du trou, (après avoir ôté le conteneur...), et on ramenait du sable humide des parois du trou autour de la motte, pour la chausser. On tassait bien au pied ce sable humide, puis on comblait le trou de plantation avec le sable humide qu'on avait extrait, et on finissait par le sable sec. L'importance de cette plantation en profondeur, c'était de mettre les racines en contact direct avec le sable humide pour qu'elles s'y enfoncent rapidement. Il n'y avait aucun arrosage, et les arbuste se développaient quand même à une vitesse étonnante.
Dans les régions vraiment sèches, où il ne tombait que 50 à 100 mm d'eau par an, et où il n'y avait pas assez de pluie pour mouiller toute la couche de sable au moment de la plantation, on avait mis au point la technique du cylindre. Un cylindre de tôle, de 30 cm de diamètre, et de 50 cm de haut, était d'abord enfoncé dans le sol. Ça permettait d'éviter que le sable ne s'éboule en permanence à l'intérieur du trou. Ensuite on creusait dans le cylindre jusqu'à trouver le sable humide, et on installait le plant en contact de l'humidité. Dans ces cas là, il fallait 50 à 100 litre d'eau par arbre au moment de la plantation. Mais après plus rien, on en avait pas les moyens !

Des petites graines dans le désert
Aujourd'hui, de petites forêts prospèrent autour des villages qui ont tenté l'expérience. Elles protègent contre l'envahissement par le sable, produisent du bois de chauffe, et les gousses servent d'aliment pour le bétail. Les villages environnants ont pu voir l'efficacité de ces techniques, et les réticences s'estompent. D'autre pépinières voient le jour, d'autres planteurs d'arbres, dans ces pays sans eau, se penchent sur leur terre pour la faire reverdir.

Alain Pontoppidan


 



  
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La dernière mise à jour de ce site date du 26/01/09